Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Etat des ruines de l'abbaye de Chézery en mai 1840 (inédit)

 

Il fallait s'y attendre, l'ouvrage sur l'Abbaye de Chézery à peine sorti, des éléments de réponses à d'importantes questions viennent d'être retrouvés dans la presse ancienne numérisée. Mais elles sont à lire à travers les lignes d'un feuilleton publié par Georges Gache. En effet la méditation sur les ruines est alors un classique de la tradition romantique... Pour l'essentiel, retenons cependant que le 27 mai 1840, le monastère n'était pas cette carrière de pierres ouverte aux pilleurs, comme on le laisse encore entendre de nos jours. A cette date, l'église, bien qu'ayant effectivement brûlé, comportait encore des murs sur une hauteur de 4 mètres, deux portes en plein cintre et les moitiés inférieures de trois fenêtres de l'abside. Le romantique journaliste arrive toutefois à un moment clé. Il nous informe que très bientôt les dernières pierres des murs de l'ancienne église abbatiale, et celles des gravats rassemblés dans le cloître, seront voiturées jusqu'à la Valserine, et même que ce déblaiement a déjà commencé. On présume que la base des propos du journaliste avait été recueillie auprès de Joseph Gros-Gojat [CI-8058 du Fichier des baptêmes de Chézery], le propriétaire des lieux depuis plus de trois décennies.

Notons qu'il est fort probable que le déversement des pierres ruinées de la partie aérienne de l'abbaye se fit à proximité, en reconstruction de la digue de la rive gauche de la Valserine, en aval du pont. Rappelons que lors de la crue de Noël 1752, cette digue avait été emportée, ainsi que la Tour des logis. Cet empierrement aurait donc servi de socle à l'actuelle route de Confort et au soubassement des maisons qui furent construites après 1847 entre cette rue et la rivière. A n'en pas douter, il en fut de même en amont de ce pont de Forens, toujours au profit de la rive gauche de la Valserine. D'ailleurs un plan de 1838 montre qu'à cette date la route n'a toujours pas été reconstruite. La rue et les actuelles habitations, commençant à Hôtel-Restaurant du Commerce, ont donc très vraisemblablement été construites sur les gravats de l'abbaye, sans égard aux pierres insignifiantes ou gravées. Il se pourrait cependant que le précieux chapiteau encore visible à l'entrée du restaurant, ait été extrait des gravats par une bonne âme reconnaissante du patrimoine ! Il n'est pas non plus exclu de penser, comme des sondages à la barre à mines l'avaient mis en évidence il y a quelques décennies, que le sol primitif du cloître ait été en contrebas d'une dizaine de décimètres, et qu'il ait été mis à niveau à cette occasion.

On apprend dans le feuilleton du journaliste que le plomb et l'argent des tombes des moines furent récupérés par les Révolutionnaires. Des dalles funéraires d'abbés, pourraient donc être du lot des pierres ayant servi de remblai, avec des éléments du cloître, un blason de l'abbé Scot, la vasque, des colonnes romanes et bien d'autres précieux éléments vieux de sept siècles, signalés par ailleurs.

Texte intégral

Avant de commenter ce texte, voyons en la copie intégrale.

Ruines abbaye 1840

"Feuilleton du Journal de l'Ain (27 mai 1840). Ruines et paysage de l'abbaye de Chézery (Bugey).

À l'extrémité nord-est de l'ancienne province du Bugey, le XIIsiècle vit quelques graves hommes s'enquérir, au nom du saint homme Bernard et d'Amédée III, comte de Savoie, du lieu le plus désert en des montagnes désertes. Leur troupe s'en allait, parlant du ciel, le long du torrent qui grondait dans ses roches ouvertes en abîme, dérobant, laissant voir, tour à tour, ses vagues hâtives et bruyantes. La voix des ondes montait seule dans le silence universel. Les envoyés de Dieu marchaient où nul n'avait jamais marché, pour aller poser leurs tentes, qui devaient durer sept âges, au bord du torrent. Lambert et les siens s'arrêtèrent au milieu de la petite gorge qui semblait vouloir leur sourire en prenant les contours d'une nacelle. Là se touchent le Bugey el le vieux pays de Gex, son riverain : le Jura fait l'entre-deux ; d'énormes vis-à-vis de montagnes laissaient voir aux moines peu de ciel sur leur tête, mais il était tout entier dans leur âme.

Entre'eux et les vivants de deux petites villes de France, Nantua et St-Claude, ils mirent sept lieues de montagnes ; entr'eux et Genève, le Jura d'abord, puis beaucoup de plaines. C'était trop peu encore : au XVIe siècle, les aveugles envoyés de Calvin les visitèrent, la flamme à la main. Ils parurent, se guidant du haut des rochers, comme l'oiseau de proie frémissant d'aise à la vue de sa victime au fond des vallées, et s'abattirent sur quelques retraites solitaires pour les brûler.

Les Bernardins de Chézery, en se faisant des demeures dans le désert, arrachèrent les bois des pentes inférieures du mont Jura, et les changèrent en culture. Le Grand Essert (défrichement), village de la rive gauche du torrent, le dit par son nom. Sur le lit des eaux, le mont de Forens, dernier mont du Bugey, précipite brusquement trois mille pieds de pente ; en bas, le val s'arrondit autour de l'abbaye, sous la croupe occidentale du mont Jura. La flèche volant trois fois plus loin que la flèche ordinaire franchirait le val. Incliné au soleil, seul ou voisin d'un autre, chaque toit d'homme y fait luire les lames blanchâtres de ses petites dalles de bois gris. Le pied du mont Jura se découpe en nappes de culture, toutes semblables, solitaires parmi les toits. Au milieu de l'anse sauvage, le torrent de la Valserine (Valferina) coule parmi les débris de rochers ; ceux-ci, divisant son cours, font blanchir le lit bleu des eaux qui bouillonnent, le saule, le peuplier, suivent, des deux côtés, le flot qui lentement s'avance, puis il fuit mystérieux dans les roches béantes, loin du sentier fréquenté ; plus paisible il s'épanche au berceau de l'abbaye, dans l'étroite valve à bords de montagnes. Le village, ses noyers, l'ondulante immobilité du golfe de verdure, le mamelon à tête fraîchement arrondie, le voient passer. En l'air, le front de la montagne prolonge sa lugubre tenture, noire de sapins ; la neige, en quelques points, l'éclaircit de taches blanches, brillant comme les plaques de marbre parmi les cyprès des morts.

C'était donc un tombeau, bien vraiment, que les moines s'étaient choisis pour y mourir au monde, jour à jour. La voix des vivants y descendit avec eux pour la première fois. Des serviteurs leur vinrent en aide, et le village (Chézery) commença. Il n'y a pas trente ans que l'accès n'en était pas praticable aux attelages. L'abbaye n'est plus ; mais ces hameaux éparpillés témoignent assez qu'une population de dix-neuf cents habitants trouva la vie sur le tombeau des moines.

Comme les fondateurs de ville, ces moines avaient décrit autour de leurs stations une espèce de ligne dictatoriale. Le mur qui rampe à terre dessine encore son obscure circonférence, effacée en plusieurs points ; ses pierres baillent désunies, tombent amoncelées sur l'herbe. Qu'enferment-elles ? le verger, ses arbres, un domicile de moines, à fronton grec du dix-septième siècle, servant d'enseigne au passant pour vente de vin, un moulin dont la roue fait son tour sous le cintre roman d'un corridor des moines, sept fois séculaire ; le ciment humecté par l'eau nourrit les racines des jeunes plantes dans les fentes des pierres empreintes du grave cachet des siècles. Au lieu et place des moines qu'y a-t-il encore ? l'atelier du forgeur, la résidence du vendeur de sel et de tabac. Des cinq ou six bâtiments debout autour du cloître qui n'est plus, de l'antique église abattue, trois datent de la fin du XVIe siècle ; un seul est roman, le moulin ; les autres sont le fait du maître actuel, excepté toutefois le presbytère et l'église du peuple que les moines firent bâtir au commencement du XVIIe siècle : elle n'a d'autre caractère que celui de l'utilité.

Il ne reste de la primitive basilique des moines que des lignes de masures saillantes sur le sol de quelques pieds. J'ai vu l'acquéreur qui, chaque jour, voiture au torrent les débris du monastère, ensemencer la nef de la basilique : misérable vue que celle-là ! L'homme peut-il être avare d'un champ envers celui qui donne la terre à l'homme, et qui rend au centuple ? Je l'avouerai, le quatrième ou cinquième acquéreur, Gros-Gojat, ne fut à mes yeux ce qu'il devait être qu'après l'avoir entendu conter les dernières destinées de l'abbaye : il semblait se décharger de ses souvenirs, comme s'il eût senti le fardeau ! À lui appartient le fond de ce qui suit, contrôlé, au fur et à mesure, par le témoignage des débris qui l'environnaient, lui, sa herse et ses bœufs.

L'église était une basilique à proprement parler, c'est-à-dire, sans aile transversale. Trois nefs dédoublaient l'enceinte, longue de cent trente pieds, large de cinquante pieds. La nef centrale était comprise entre deux lignes de lourds piliers, carrés de plan, à double arête sur chaque angle, au nombre de six de chaque côté. Les voûtes des petites ailes étaient très-basses, toutes rondes comme les arcs ; ceux-ci retombaient sur pilastres engagés dans les murs de clôture. Le chœur, sans flexibilité de contour, était parfaitement carré. Le périmètre de ses murs, tronqués à double hauteur d'homme, est là pour quelques jours encore, avec les teintes cuivrées de l'incendie. Le pan transversal du périmètre est troué à l'orient, sur la même ligne, de trois larges moitiés de fenêtres étranglées au fond de leur baie, escarpées par le bas ; le dessus manque ; il était à ronde voussure, comme les portes. Les ailes latérales, à chacune de leurs extrémités, formaient chapelle. Les arcs de la nef centrale, avant les jours de profanation, supportaient une voûte de bois en travons : elle avait été probablement substituée à la voûte primitive, dans le goût roman, détruite par l'incendie calviniste. Deux portes basses, à plein-cintre, s'ouvraient sur les ailes à proximité du chœur. J'ignore quels étaient les caractères de la façade. Le cloître était bâti transversalement à l'église, sa place n'est plus maintenant qu'un monceau de décombres exhumés des fondements. Parmi la foule banale des blocs, l'écusson brisé des derniers temps, la coupe fendue de l'ample bénitier qui le portait, le tronc de colonnette romane toujours adhérent à son plan carré, le fleuron parasite sur le boudin de la base, sont là, pêle-mêle, en attente pour passer à l'eau.

Du reste, ces ruines n'accusent ni l'injure des temps, ni la haine qui démolit. Les sociétaires Burtin [Burdin] et Regard, premiers acquéreurs de l'abbaye, vendue par la Convention à titre de propriété nationale, ne furent pas démolisseurs : ils se contentèrent de faire succéder aux stalles des moines le four du potier. Une valeur territoriale de six ou sept cent mille livres leur avait coûté deux cent soixante et dix mille francs de papier monnaie. Ils eurent hâte de transmettre à d'autres les risques de leur trop facile acquisition ; mais les bâtiments primitifs de l'église et du cloître ne devaient plus être à personne. Le feu les consuma ; la main d'une femme en fut la cause innocente. La flamme fit si bien, que la pierre se convertit en schistes roussâtres, derniers vestiges de la désolation. Ces débris une fois balayés du sol, il n'y aura plus trace visible de l'abbaye aux lieux où elle fut. La femme, venant broyer sous la meule le grain pour elle et ses enfants, n'aura nul souci des siècles pendants sur sa tête avec la voûte romane ; l'œil exercé de l'artiste, levé vers l'arc, pourra seul la surprendre.

Toutefois on ne balaye pas, comme les fragments de pierre ; les traces des saints : celles-là demeurent éternellement, in memoriâ aeternâ erit justus. Légataire d'un souvenir sacré une génération passe et le transmet à l'autre, comme le savoir de famille, le charme de tous. Souvent la bouche du vieillard s'ouvrira pour faire bégayer à l'enfant le nom d'un pauvre moine de Chézery ; à l'âge mûr la vieillesse dira : « Les moines vécurent ici avec nos pères. Forcés de fuir parce qu'ils étaient riches et croyants, ils ne revinrent pas. On prit aux moines morts leur sépulcre, dont on voulait avoir ou le plomb ou l'argent. L'un d'eux fut ainsi dépossédé de sa tombe, mais non pas de l'autel qu'il avait dans nos cœurs. Dieu prit soin des reliques du juste ; le bois les recueillit faute d'argent. Nos pères les ayant mises en lieu secret nous dirent : veillez sur elles, enfants : là est la garde de vos toits, la guérison de vos maux. Priez celui qui dans le ciel pour vous prie. La vertu qui guérit les souffrances est dans les os de l'élu du ciel. Enfants, faite-vous les amis de l'ami de Dieu, et vers ces reliques, courbés par la douleur, vous vous relèverez avec l'espérance. Si vous buvez à la fontaine où buvait le saint, souvenez-vous du jour où tant d'hommes y vinrent, après les mauvais jours, glorifier les saintes dépouilles. Un évêque, dont l'œil était toujours sur les siens, les remit sur l'autel devant le peuple et ses prêtres. Enfants, vos années comme les nôtres, auront des jours de ruine, si vous laissez sans honneur l'autel et son dépôt. Que l'homme honore ce que Dieu honore ! Vos mères, si souvent pleurant leurs peines, ont dit dans leur cœur, au bord de leur couche, devant le temple en passant : St-Rolland, priez pour nous… Vous ferez comme elles, enfants ; ce que nous vous disons, vous le direz aux vôtres ; eux, aux leurs, ainsi, toujours. » GACHE."

 

Interpréter ces propos !

Notons d'abord que le journaliste Georges Gache est venu sur place, et qu'il a rencontré divers intervenants propriétaires des ruines. C'est un bon observateur, mais qui n'a pas pas la démarche d'un historien. D'ailleurs il n'existe alors aucune documentation historique sur l'abbaye, exceptées quelques lignes produites par Guichenon mais entachées de la fameuse erreur sur la fondation par la Savoie, et les récentes publications du vicaire général Depéry, parues en 1835, toutes à la gloire de l'abbaye, et de ses abbés, et ayant pour but de remotiver le catholicisme. Promouvant la religion, Gache est de la même trempe que Dupéry, mais lui n'est qu'un homme du passé ignorant les nouvelles unités de longueur, rédigeant avec un style très ampoulé, étant de plus un tantinet méprisant des hommes de la campagne, et peu admiratif du paysage chézerand. Se voulant toutefois historien, Georges Gache, avait publié en 1839 "Un souvenir du passé religieux de la France ou l'église de la vieille abbaye de Nantua" (avec 3 dessins), et publiera en 1844, cette fois en romancier qu'il est, une histoire ayant pour cadre un monastère, "Le dernier jour du monastère d'Hautecombe". Revenons à Chézery pour convenir qu'il n'est pas nécessaire de s'attarder sur son historique de l'abbaye, mais que ses interviews et ses observations de visu des ruines en 1840 sont irremplaçables.

Tentons d'interpréter le récit romancé et d'en retenir l'essentiel. La Valserine voit parfois son cours divisé. En effet les îles temporaires ne sont pas rares. L'une, consécutive à la crue de 1752, était encore visible sur un plan de 1838. Sur les rives, poussent librement le saule et le peuplier, tandis que des noyers sont plantés dans le village. Le mur d'enceinte de l'abbaye est encore visible mais commence à s'effondrer : "le mur qui rampe à terre dessine encore son obscure circonférence, effacée en plusieurs points ; ses pierres baillent désunies, tombent amoncelées sur l'herbe". Il referme le verger, et l'ancien bâtiment des abbés, encore visible, avec son fronton grec du XVIIsiècle. Mais en 1840, on y vend du vin. Le nouveau moulin (celui ayant pris place dans le four banal) est déjà vieillissant et l'eau s'en échappant développe les racines des plantes qui s'imiscent entre les vieilles pierres. La forge est devenue un lieu de vente de sel et de tabac ! Cinq ou six bâtiments subsistent encore autour du cloître, détruit, et de l'ancienne église partiellement abattue. Ils sont estimés dater du XVIIsiècle sauf celui du moulin (le four banal) qui est dit d'époque romane (probablement en référence à l'épaisseur des murs et à l'arrondi des voûtes des baies). Les autres bâtiments sont des constructions neuves (en fait des aménagements) réalisés par le propriétaire de l'époque (Joseph Gros-Gojat). Le presbytère aussi est neuf ; l'église paroissiale date du XVIIsiècle. L'église abbatiale, dite basilique, dispose encore de bas de murs sur environ un à deux mètres de hauteur. Mais le déblaiement est en cours ; des pierres sont mises chaque jour dans des tomberaux pour être déchargées dans le torrent de la Valserine. Horreur, des céréales pourront ensuite être semées dans la nef !

L'église abbatiale n'a pas de transept (d'où sa dénomination de basilique). Elle comporte 3 nefs, pour une longueur de 44 mètres, et une largeur de 17 mètres (soit une superficie de 748 m²). La nef centrale était comprise entre deux lignes de lourds piliers, de section carrée à double arête sur chaque angle (chanfrein simple ou double ?), au nombre de six de chaque côté (L'abbé Neyroud dira plus tard 6 arcades, donc 7 piliers, et 6 petites arcades). "Les voûtes des petites ailes étaient très-basses, toutes rondes comme les arcs ; ceux-ci retombaient sur pilastres engagés dans les murs de clôture. Le chœur, sans flexibilité de contour, est parfaitement carré. Le périmètre de ses murs", encore hauts d'un peu moins de 4 mètres, est encore là "pour quelques jours, avec les teintes cuivrées de l'incendie". La partie à l'orient de l'abside, de même dimension que le chœur, "est trouée de trois grandes moitiés inférieures de fenêtres, étranglées (étroites) au fond de leur baie (ouvertes dans l'épaisseur des murs), escarpées par le bas", et dont le haut est détruit. Les parties supérieures des baies étaient à ronde voussure, comme les portes. Les ailes latérales, avaient chacune à leur extrémité une chapelle [la chapelle Notre-Dame et la chapelle des Morts]. Les arcs de la nef centrale supportaient une voûte de bois en travons, probablement substituée à la voûte primitive, dans le goût roman. Deux portes basses, à plein-cintre, s'ouvraient sur les ailes à proximité du chœur [vers le cloître et vers le cimetière]. Le portail de la façade de l'église n'existe plus. Son style ne peut plus être précisé.

Le cloître n'est plus maintenant qu'un monceau de décombres exhumés des fondements. Parmi les pierres informes et blocs, on voit encore l'écusson brisé des derniers temps [celui de Scott signalé dans le cloître, ou un blason de l'abbaye ?], la coupe fendue de l'ample bénitier qui le portait (!?), le tronc de colonnette romane toujours adhérent à son plan carré (?), le fleuron parasite sur le boudin de la base (?), en attente d'être jetés à la Valserine.

Les sociétaires Burdin et Regard, premiers acquéreurs de l'abbaye, vendue par la Convention à titre de propriété nationale, ne furent pas démolisseurs : ils se contentèrent de faire succéder aux stalles des moines le four du potier (celui de Baruchet, potier, premier racheteur du 1er lot, qui le revendit à Joseph Gros-Gojat [CI-8058] peu avant 1803). Des biens d'une valeur de 6 à 700.000 livres, leur avait coûté 270.000 de papier monnaie (en réalité adjugé à Jean-Claude Regard pour 150.000 livres). Les bâtiments primitifs de l'église et du cloître furent ensuite consumés par le feu ; la main d'une femme en fut la cause innocente (incendie accidentel, semble-t-il en venant moudre du grain). L'incendie fut si violent que la pierre se convertit en schistes roussâtres. Ces débris, une fois balayés du sol, il n'y aura plus trace visible de l'abbaye, aux lieux où elle fut.

On prit aux moines morts leur sépultures et ornements dont on voulait recueillir le plomb et l'argent, comme ce fut le cas pour les reliquaires de Roland ; mais ses reliques furent sauvegardées dans une caisse en bois, faute d'argent. Un évêque les remit sur l'autel (par Mgr Manier, évêque de Belley, en 1827). G. Lancel, en espérant avoir bien interprété les propos publiés par Georges Gache en 1840, avec nos remerciements ainsi qu'au Journal de l'Ain, pour ce texte inédit.

 

 

Publication : Ghislain Lancel. Source  : Journal de l'Ain (27 mai 1840).

Première publication le le 14 avril 2021. Dernière mise à jour de cette page, le 17 avril 2023.

 

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